Les Ateliers de la Protection Sociale

Nouvelles fiches de paie : un ravalement de façade

Posté le 16 février 2017

De nombreux salariés n’ont pas reconnu leur bulletin de salaire de janvier 2017. Finies les longues listes de termes complexes ou ésotériques étalés sur plusieurs pages. En effet, les entreprises employant plus de 300 salariés ont, depuis le 1er janvier, l’obligation d’adresser à chacun d’eux une fiche de paie simplifiée. Explications.

Nouvelles fiches de paie : un ravalement de façade

Un bulletin de paie plus lisible

Principal changement : les lignes de cotisations traditionnelles et peu explicites sont désormais agrégées et regroupées dans des rubriques telles que « assurance santé, assurance chômage, allocations familiales et assurance retraite ». Les mentions FNAL, AGFF, et autres « assurance vieillesse déplafonnée ou retraite arrco taux 1 » sont supprimées au profit d’intitulés qui ont le mérite d’exprimer bien plus clairement la finalité des retenues salariales et patronales. Une indispensable rubrique fourre-tout intitulée « autres contributions dues par l’employeur » rassemble le reste des cotisations qui ne sont supportées que par l’employeur, parmi lesquelles la taxe d’apprentissage et la formation continue. Dans l’opération, la moitié des lignes de la fiche de paie ancienne version se sont envolées.

Un choc de simplification, vraiment ?

L’effort de simplification pour l’ « expérience utilisateur » du salarié est louable. Son bulletin de salaire redevient lisible, à défaut d’être précis. Mais on demeure très éloigné de l’ambition, affichée voilà quelques années, d’harmoniser le système des cotisations sociales. Sous le vernis de cette simplification de façade, la complexité reste de mise : le nombre d’organismes percepteurs n’a pas diminué, tandis que les assiettes de cotisation et les modalités de déclaration et de calcul ont même gagné en diversité. Exemple avec le double taux de cotisation des allocations familiales pour les salaires supérieurs ou inférieurs à 1,3 fois le Smic ! Les initiateurs de cette réforme aspiraient à réduire le coût de la fiche de paie pour l’employeur. Rien de tel ne s’est produit. Au contraire, les entreprises ont dû, une fois de plus, adapter et paramétrer leur système de paie.

D’une certaine façon, la réforme cosmétique de la fiche de paie n’offre que l’apparence de la simplification. À l’exact opposé de la mise en œuvre de la DSN (déclaration sociale nominative), une véritable avancée pour la fiabilité et la simplicité du transfert des données sociales, pourtant totalement invisible et passée inaperçue.

Damien Vieillard-Baron

Informations sur les retraites : DRH, à vous de jouer !

Posté le 26 janvier 2017

La retraite n’a longtemps été qu’un problème très lointain pour les salariés, et donc, pour les DRH. La certitude de pouvoir profiter de ses vieux jours à l’abri du besoin était même l’un des attraits principaux du salariat. Mais l’insouciance a cédé le pas à l’inquiétude, et les DRH doivent s’emparer du sujet. Jusqu’alors, parler retraite, c’était un peu ouvrir la boîte de Pandore, les discussions relatives aux rémunérations différées dérivant toujours vers l’épineuse question du revenu immédiat. Mais, la maturité et l’inquiétude grandissantes des salariés autour du thème de la retraite, rendent ce débat souhaitable voire indispensable au sein de l’entreprise.

Informations sur les retraites : DRH, à vous de jouer !

De l’inquiétude collective à l’inquiétude individuelle

Le régime des retraites vacille sous le poids de la démographie. En cause : l’allongement de la durée de la vie et la diminution de la part des actifs par rapport aux retraités. En 1970, la population comptait trois actifs pour un inactif de plus de 60 ans. Ce ratio est aujourd’hui de 2,1 et devrait se rapprocher de 1,5 en 2050. En attendant de subir un éventuel allongement de la durée de cotisation, les salariés doivent, de toute façon, se préparer à un tassement du taux de remplacement en deçà de 50% pour les cadres partant en retraite, au terme d’une carrière pourtant sans accident. Une chute de revenus dont les salariés n’ont pas encore suffisamment conscience. Mais, après le déni, c’est la douche froide qui les attend.

Mourir trop jeune ou survivre à son épargne ?

Les salariés ignorent également leur propre longévité. Même avec les récents reports de l’âge de la retraite, celle-ci va durer, en moyenne, de 24 ans pour les hommes et 29 ans pour les femmes. Et plus encore demain, avec, de surcroît, une moyenne de 5 à 10 ans de vie en situation de dépendance. De sorte que le bas de laine accumulé au cours de leur carrière pourrait se vider bien trop vite ! Laisser quelque chose à ses enfants, voilà ce qui, hier, donnait du sens à l’épargne. Aujourd’hui, il s’agit plutôt de s’organiser pour ne pas devenir une charge. Pour s’en prémunir, la bonne mesure consisterait à économiser autant pour sa retraite que pour sa résidence principale.

Des salariés inquiets mais peu réactifs et mal informés

Selon une étude TNS Sofres, 62% des 35 – 44 ans considèrent la retraite comme un sujet préoccupant. Mais seuls 38% affirment avoir commencé à préparer leur retraite sur le plan financier. Quant à savoir d’où doit venir l’information sur les solutions d’épargne retraite collective, ils sont 57% à citer l’employeur, devant le banquier ou l’Etat.

Certains DRH commencent à sensibiliser les salariés à cette problématique. Mais généralement, la question n’est abordée que lors de la mise en place d’un système d’épargne facultatif - Perco et le régime Article 83, ou 5 à 6 ans avant la retraite, pour un bilan, lorsqu’il est déjà trop tard pour réagir.

Il est temps que salariés et employeurs cessent de fermer les yeux sur la retraite. Ce repos mérité n’est pas un cadeau tombé du ciel ; il se construit pas à pas, au fil de ses bulletins de paie, tout au long de sa carrière. Ce en quoi il relève de la responsabilité du salarié, mais également de celle de son employeur.

>>> Nos conseils

Les régimes facultatifs tels que le Perco ou les contrats à cotisation définie Article 83 sont d’excellents moyens de communiquer sur le thème, notamment autour des versements volontaires. Faire prendre conscience de la nécessité de se soucier de sa retraite, c’est aussi valoriser les efforts de l’entreprise dans ce domaine.

Il est, d’autre part, indispensable d’attirer l’attention des salariés sur les relevés de points envoyés à échéance régulière, et de faire de la pédagogie pour les aider s’emparer de ce problème.

Enfin, pourquoi ne pas proposer des bilans retraite, plus tôt, par exemple, aux salariés âgés de quarante à cinquante ans ? Avec des parcours de plus en plus chaotiques et l’impression confuse qu’ils ne bénéficieront pas des mêmes avantages que leurs aînés, les salariés ont, plus que jamais, besoin d’être accompagnés.

 Damien Vieillard-Baron