Les Ateliers de la Protection Sociale

Pas de retour à l’équilibre financier des retraites avant 2040 ?

Posté le 15 septembre 2017

Surprise ! Selon les dernières projections du COR (Conseil d’orientation des retraites) publiées en juin 2017, le déséquilibre dans le financement des retraites perdurerait jusqu’en 2040. Les évaluations de 2016, un an plus tôt, offraient un tout autre visage puisque l’équilibre était à portée de vue, pour les années 2020. Quel changement soudain explique une telle évolution dans les prévisions ? Quelles en seront les conséquences ? Excès d’enthousiasme en 2016, pessimisme en 2017…quelques questions et réponses pour y voir plus clair. 

Pas de retour à l’équilibre financier des retraites avant 2040 ?

Qu’est-ce que le COR ?

Le COR (Conseil d’orientation des retraites) se présente comme une instance indépendante, composée d’experts, et chargée d’analyser et prévoir les évolutions des retraites. Les travaux du COR concernent aussi bien la viabilité financière des régimes que la situation des retraités. Prévoir l’avenir, analyser le présent et les solutions mises en œuvre, produire des idées, et informer via des rapports, colloques et autres publications, telles sont les attributions du COR. À noter toutefois : les experts du COR ne proviennent pas des sphères éthérées et inaccessibles de la recherche scientifique. Ancrés dans les réalités politiques et sociales du pays, ils sont en grande majorité parlementaires, représentants syndicaux ou responsables dans les administrations, et sont rattachés au Premier ministre.

Que sont les projections du COR ?

Chaque année, en juin, le COR produit un rapport très attendu qui décrit les évolutions et perspectives des retraites en France, pour les dizaines d’années à venir. Un pavé de plus de 100 pages qui décortique et agglomère tout une série d’indicateurs démographiques, économiques, réglementaires et financiers fournis par des institutions et des services de l’Etat comme l’INSEE, la DARES, le Haut Conseil des finances publiques, ou le Gouvernement lui-même. Demain, quelle sera l’espérance de vie au moment départ en retraite ? À quels niveaux se situeront les gains de productivité, la croissance économique, le chômage, le taux d’emploi des jeunes dans les prochaines années ? Toutes ces questions et bien d’autres, permettent d’élaborer différents scénarios. À chaque scénario, correspond une évaluation des pensions à verser et des ressources disponibles. Ces constructions prévisionnelles, aux sources et hypothèses multiples constituent les projections du COR.

Pourquoi un tel changement entre 2016 et 2017 ?

En 2016, les projections du COR donnaient l’impression d’un système des retraites sauvé des eaux. En 2017, c’est le naufrage. Pas d’équilibre avant 2040, un déficit abyssal évalué à 0,7% du PIB entre 2025 et 2030 et ce, dans le meilleur des scénarios.

Pourquoi un tel revirement ? Première explication : la démographie. Les toutes dernières projections de l’INSEE, qui sont actualisées tous les cinq ans,  font état d’une population active moins dynamique, d’une baisse de la fécondité, d’un reflux du solde migratoire et d’un allongement de l’espérance de vie à la retraite. Moins de cotisants, plus de retraités… le déséquilibre s’accroît. Egalement invoqués : la baisse anticipée du nombre de fonctionnaires, (et donc de leurs cotisations, qui sont plus élevées que la moyenne) ainsi que différents ajustements liés aux dernières réformes.

Reste une dernière explication qui pose problème : les perspectives de croissance économique ont été revues à la baisse. La situation se serait-elle dégradée entre 2016 et 2017 ? Pas spécialement. En revanche, les prévisions de croissance du Gouvernement sont passées d’un optimisme forcené en 2016, à un état d’esprit plus réaliste voire prudent en 2017. Ainsi, les prévisions de croissance pour 2018 à 2020 s’échelonnent désormais de 1,5 à 1,7%, tandis qu’elles progressaient de 1,75% à 1,9%, dans les estimations de 2016. Les objectifs de croissance de la productivité du travail qui se réalisaient en 2028, ont été repoussés à 2032. Tous ces ajustements contribuent à noircir le tableau, et jettent une ombre sur la crédibilité des projections du COR, victime des données qui lui sont fournies.

Quelles seront les conséquences de ce renversement de situation ?

Partant du principe que le système des retraites tendait à l’équilibre à moyen terme, le candidat Macron avait annoncé une grande réforme visant à plus d’équité entre les régimes et une meilleure lisibilité des droits. Une refonte complète ! Les nouvelles projections du COR changent l’ordre des priorités. En effet, on imagine mal le Président Macron laisser filer le déficit sans réagir.

Mais les marges de manœuvre sont étroites. Augmenter les cotisations des entreprises ? Ce serait en totale contradiction avec l’ensemble de la politique annoncée. Reculer l’âge de départ en retraite ? La mesure serait efficace à court terme. Mais ce serait trahir une promesse de campagne emblématique. Réduire les pensions ? C’est le seul levier qui peut être activé, et qui l’est déjà, sur le long terme, dans la mesure où les pensions sont indexées sur les prix et non sur la productivité.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, n’a pas semblé perturbé par les mauvaises nouvelles du COR. Ses réponses : relance de la croissance et lutte contre le chômage. Autrement dit, les réformes déjà programmées sont la solution. Il faut, cependant, noter que les hypothèses les plus favorables – celles qui aboutissent à un équilibre entre 2040 et 2050  – s’appuient sur des performances que la France n’a plus connu, même furtivement, depuis dix ans : un chômage à 7% et une croissance annuelle de la productivité du travail supérieure à 1,5%. Autant dire que rester fidèle à ces pronostics, même s’ils sont inquiétants, serait déjà une belle réussite.

 

scenarii niveaux croissance

 

 

croissance

La moyenne sur la période 1991–2006 était de 1,7% et sur la période 2007–2015, la moyenne était de 0,5%.


Damien Vieillard-Baron

Réinventer la médecine : rencontre avec le Professeur Vallancien

Posté le 03 août 2017

Le 8 juin, GEREP organisait une rencontre entre le Professeur Guy Vallancien. Pionnier de robotique opératoire, ce chirurgien reconnu a été un infatigable promoteur de la technologie dans la pratique médicale et l’organisation des soins. Dans plusieurs livres, il s’interroge sur les mutations à venir dans le monde de la santé, et les limites à y apporter. Des échanges passionnants pour les responsables et professionnels des ressources humaines, et l’occasion, pour eux, de faire un bond dans le futur.

Réinventer la médecine : rencontre avec le Professeur Vallancien

Pas assez de médecins, vraiment ?

Quand il s’agit de dresser un bilan du système médical, le Professeur Vallancien n’y va pas au scalpel mais à la dynamite. Il interroge : pourquoi considère-t-on le manque de médecins comme une évidence, alors qu’en quarante ans leur nombre a été multiplié par quatre ? Tout simplement parce qu’on leur demande trop de choses. Nous sommes encore à l’époque du « médecin à tout faire ». Un modèle qui s’essouffle : de moins en moins de médecins sont prêts à enchaîner les semaines de 70 heures, avec des consultations à 23 €. Ses solutions : transférer une partie de leurs attributions, comme les vaccinations, à des maisons de santé, avec des professionnels de santé dont chaque niveau correspond au besoin réel et décharger les médecins de ces tâches qui mobilisent inutilement leur expertise. 

 

Imaginer la médecine dans 10 ans

Sa vision de la distribution de la médecine sur le territoire n’est pas moins iconoclaste. Après avoir effectué plusieurs missions ministérielles sur le sujet, il souligne le déficit des petites villes en matière d’accès aux soins et de qualité des interventions : 2,5 fois plus d’erreurs médicales sont commises dans les petits hôpitaux. À mille lieues des approches strictement budgétaires, il préconise une réorganisation des soins, en tirant partie des évolutions technologiques et de la révolution numérique : développement de la médecine à distance, « la télémédecine », utilisation des objets connectés dans le suivi des patients, généralisation de la médecine assistée par ordinateur, levée des freins réglementaires à la mise en œuvre du dossier médical partagé… Ces évolutions bouleversent le rôle du médecin et sa formation. Qu’à cela ne tienne ! Il plaide également pour une refonte des études de médecine, échelonnée comme l’ensemble des autres disciplines universitaires, et intégrant des spécialités comme la robotique.

 

La technologie sous le contrôle du médecin

Si le Professeur Vallancien fait valser les tabous dans l’organisation des soins, il se montre beaucoup plus respectueux de l’éthique médicale. Dans son dernier livre, Homo Artificialis, il aborde la question du transhumanisme, et fixe une frontière entre l’homme réparé et l’homme augmenté. Les progrès technologiques permettent, d’ores et déjà, d’améliorer les capacités des êtres humains. Aujourd’hui, les forces spéciales américaines subissent des opérations pour améliorer leur vue. En Chine, la science teste l’amélioration des capacités intellectuelles par génie génétique des futurs enfants. Demain, les patients solliciteront-ils leur médecin pour acquérir de nouvelles « fonctionnalités » ? Faut il passer « de l’homme réparé à l’homme augmenté » ? Non, c’est une dérive inacceptable pour le chirurgien qui souhaite lancer le débat en France. Si le progrès permet, sans dommages, de révolutionner les techniques médicales, et parfois de remplacer le praticien par un robot, la conscience et l’intelligence émotionnelle resteront l’apanage du médecin. Une preuve qu’on peut se projeter vers l’avenir et l’innovation technique avec enthousiasme, sans tourner le dos au serment d’Hippocrate. 

 Damien Vieillard-Baron 

 

 

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