Les Ateliers de la Protection Sociale

Audioprothèses à 100 % : ce qui va changer

Posté le 31 juillet 2018

Dans le monde des audioprothésistes, les négociations n’ont pas été un long fleuve tranquille. Les professionnels redoutaient qu’un Big bang  ne bouleverse leur modèle économique. On évoquait notamment la dissociation entre la fourniture de l’équipement auditif et la facturation du suivi et de l’entretien. Il n’en a rien été. Sur ce point, les discussions ont abouti à un statu quo : demain comme hier, le prix de vente de la prothèse auditive couvrira également la maintenance de l’appareil et le conseil du professionnel pendant toute la période de garantie. En revanche, en matière de réduction du reste à charge, le résultat des négociations est spectaculaire. Le « reste à charge zéro » sera effectif à compter de 2021 au prix d’une réduction drastique des tarifs et d’une augmentation significative de la prise en charge par les complémentaires santé et l’assurance maladie.

Audioprothèses à 100 % : ce qui va changer

Le reste à charge pris en tenaille entre la baisse des prix et la hausse des remboursements

Aujourd’hui, 57% du prix des prothèses auditives restent à la charge du client. Avec un tarif moyen de 1500 € par oreille, il en coûte donc, à chaque assuré, 850 € par oreille, soit 1700 € au total, pour être correctement équipé. Un effort financier qui reste rédhibitoire pour de nombreuses personnes souffrant de troubles auditifs. 

D’ici à 2021, ce reste à charge imposant va être réduit à néant en trois étapes : il sera abaissé à 1300 € (pour deux oreilles) en 2019, puis à 800 € en 2020, pour atterrir à 0 en 2021. Cette offre sera circonscrite à un panier de soins « 100% santé », comportant de nombreux types d’appareils qui permettent l’amplification de sons extérieurs restituée à hauteur d’au moins 30 décibels, avec 12 canaux de réglage. Comme pour le dentaire et l’optique, l’accord prévoit une classe de prestations à prix limite de vente et une autre à prix libre. Ce qui distingue les prothèses auditives des autres secteurs, c’est l’importance de la baisse du prix limite de vente qui a été négociée avec les professionnels. De 1500 € en moyenne en 2019, ce prix limite de vente passera à 950 € en 2021. Dans le même temps, la Sécurité sociale va doubler sa participation (de 120 € à 240 €) tandis que les complémentaires santé combleront progressivement le reste à charge.

Entre effet volume et effet prix : un pari pour les professionnels

En France, si 6 millions de personnes souffrent de troubles auditifs, seuls 2 millions bénéficient de prothèses auditives. Suite à la réforme, on estime que le nombre de personnes équipées pourrait grimper à 3 millions. C’est sur cet effet volume que comptent les audioprothésistes pour compenser la baisse des prix. Certains fabricants espèrent, en effet, une croissance du marché de 7 à 8% par an en volume.

Après l’effort sur les prix, la prévention et communication 

Pour les personnes souffrant de problèmes auditifs, le bénéfice de cette réforme est sonnant et trébuchant. Cependant, en matière de troubles de l’audition, le prix ne fait pas tout. Certaines personnes rechignent à admettre ou afficher leur surdité. C’est pourquoi l’accord prévoit un volet prévention et communication. Promouvoir le « reste à charge zéro » et démonter les préjugés qui entourent la surdité ferait l’affaire des audioprothésistes. Mais qu’en sera-t-il des financeurs qui pourraient être victimes du succès de la réforme ? Du côté des pouvoirs publics, on préfère insister sur la réduction des risques liés au traitement des troubles auditifs : désocialisation, dépression, troubles cognitifs, ou chute. En revanche,  les organismes complémentaires craignent les effets d’une réforme qui aura moins d’impact sur les contrats collectifs des entreprises que sur les contrats individuels plus fréquents chez les retraités.

Damien Vieillard-Baron.

3 pistes pour dynamiser l’épargne retraite des salariés

Posté le 27 juin 2018

Les taux de remplacement, c’est-à-dire les rapports entre les pensions de retraite et les derniers salaires, ne cessent de baisser. Une étude de la Drees de 2015 montrait que le taux de remplacement moyen était passé de 80 à 75 % pour les générations 1936 à 1946. Cette tendance devrait se poursuivre et s’amplifier dans les années à venir. Les salariés commencent à en prendre conscience. Insouciants hier, ils sont aujourd’hui inquiets… mais pas au point d’engager des actions correctives. C’est sans doute le moment pour les employeurs de mieux valoriser ou compléter leurs dispositifs d’épargne retraite. Voici nos suggestions pour les y aider.

3 pistes pour dynamiser l’épargne retraite des salariés

Informer les salariés collectivement

Selon une étude Opinion way de 2017, 68 % des salariés se disent mal informés sur la retraite. S’ils sont de plus en plus préoccupés par la chute de leur niveau de vie au moment de leur départ en retraite, rares sont ceux qui peuvent évaluer correctement le montant des pensions auxquelles ils pourront prétendre auprès des régimes de base et des caisses complémentaires (régime général + Agirc et Arrco).

Les projections du COR (Conseil d’orientation des retraites) permettent d’y voir plus clair. L’organisme a établi plusieurs scénarios correspondant à différents profils. Par exemple, selon le COR, un non-cadre, né dans les années 1960 rémunéré 2 300 € brut en fin de carrière bénéficiera d’un taux de remplacement de 77 %. Le même profil né dans les années 1980 n’aura plus que 70 % au moment de son départ en retraite.

Plus les salaires augmentent, plus les taux de remplacement baissent. Ainsi, un cadre, né dans les années 1980, et percevant un brut mensuel de 6 800 € (2,7 SMTP), devra se contenter d’un taux de remplacement de 51 % lorsqu’il quittera la vie active après 2040, contre 57 % pour le cadre né en 1960.

Proposer des bilans « retraite » individualisés dès 40 ans

Ces cas généraux inciteront les salariés, et notamment les cadres, à se renseigner plus précisément sur leur cas personnel. Pour ce faire, il existe des simulateurs, notamment sur le site de la CNAV ou de l’Agirc-Arrco, ainsi qu’une application en ligne, proposée par Gerep, grâce à un partenariat avec la société Sapiendo. Cette application permet de transmettre son RIS (relevé de situation individuelle), puis de le soumettre à une analyse précise et un contrôle détaillé. 

Ces outils, très utiles, ne remplacent toutefois pas le conseil et les solutions apportées lors d’un bilan retraite individualisé. Nombre d’entreprises proposent ces prestations à leurs cadres cinquantenaires. Or, à 10 ans de la retraite, il est un peu tard pour engager des actions correctives efficaces. Par exemple, en versant des cotisations sur son contrat de retraite « Article 83 » à hauteur de 8 % de son salaire, un salarié né en 1965, c’est-à-dire, âgé de 52 ans, ne pourra faire remonter son taux de remplacement que de 2,7 %. Avec un même effort, le salarié né en 1975 pourra faire remonter son taux de remplacement de 6,6 % lors de son départ en retraite. La valeur ajoutée d’un bilan individualisé est donc beaucoup plus forte pour les salariés âgés de 40 à 50 ans. Ils sont plus sensibles à la problématique de la retraite que leurs cadets et ont une plus grande marge de manœuvre que leurs ainés.

Revoir les dispositifs en place et faire de la pédagogie

En 2016, près de 13 millions d’actifs, y compris les indépendants, bénéficiaient d’un dispositif de retraite supplémentaire, soit deux fois plus qu’en 2005. Cependant, si la Drees recense 4,8 millions d’adhérents à des contrats de retraite supplémentaire de type « Article 83 » en 2015, elle ne compte que 2,1 millions de cotisants, c’est-à-dire de comptes approvisionnés. Ainsi, la moyenne de cotisations versées sur ces contrats n’atteint même pas la barre des 700 euros par an et par adhérent.

Le faible niveau de cotisations s’explique, entre autres raisons, par l’existence de vieux contrats qu’il faudrait rénover. Certains contrats de retraite supplémentaire de type « Article 83 » n’ont pas été adaptés à la nouvelle réglementation qui permet la mise en place de versements individuels facultatifs (VIF). De même, certains Perco, mis en place sous la contrainte dans le cadre de négociations annuelles obligatoires (NAO) ont été soigneusement mis sous le tapis. Plus généralement, ces contrats collectifs donnent lieu à des actions de pédagogie au moment de leur mise en place, mais sont progressivement oubliés.

La loi Pacte aidera sans doute à dynamiser l’épargne retraite des salariés. Dans cette attente, il est toutefois essentiel de commencer par valoriser les contrats existants. Des salariés inquiets pour leur retraite, des contrats de retraite supplémentaire en déshérence, cherchez l’erreur !

Damien Vieillard-Baron.