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Arrco – Agirc : comment réagir face au tassement des régimes de retraite ?

Posté le 06 octobre 2016

Fin 2015, les partenaires sociaux ont conclu un accord (ANI du 30 octobre 2015) incitant à repousser de facto, via un système de bonus - malus, l’âge de départ en retraite. Parallèlement, d’autres décisions plus attendues ont été prises pour « grignoter » les prestations afin d’enrayer les déficits des régimes. C’est la Cour des comptes qui a tiré la sonnette d’alarme. Selon certaines projections, en suivant le rythme actuel, les réserves financières auraient été épuisées, en 2018 pour l’ARRCO, et en 2026 pour l’AGIRC. À l’évidence, le tassement des régimes de retraite est inéluctable. Le point sur l’accord, ses conséquences et les solutions.

Arrco – Agirc : comment réagir face au tassement des régimes de retraite ?

Bonus – Malus : la surprise

Parmi les décisions adoptées lors de la négociation entre les partenaires sociaux, la plus surprenante a été la création d’un système de bonus – malus sur les prestations de retraite complémentaire, calculé en fonction de l’âge de départ en retraite effectif et l’âge de départ à taux plein. L’objectif : inciter les salariés à différer leur départ : ils cotiseront ainsi plus longtemps (un an de plus) et percevront leur pension moins longtemps (un an de moins).

Par exemple, un salarié ayant rempli, à 63 ans, les conditions d’obtention du taux plein dans les régimes de base, décide de partir sans délais à la retraite. Sa pension de retraite complémentaire sera, dès lors, amputée de 10% pour une durée de trois ans (voir tableau). Un malus qui pourrait atteindre 1500 euros par an pour un cadre percevant une rémunération annuelle de 50.000 euros. S’il décidait de prolonger son activité pendant 8 trimestres supplémentaires jusqu’à 65 ans, son zèle serait, à l’inverse, récompensé d’une majoration de 10% de sa retraite complémentaire pendant un an.

 

Quels coefficients de Bonus/Malus et pendant combien de temps ?

arrco agirc

(*) Liquider ses retraites avant le taux plein pour éviter le coefficient de solidarité ne présente pas d’intérêt car le malus est "compensé" en 9 ans…

Les coups de rabot : des recettes traditionnelles pour équilibrer le système

L’accord entre les partenaires sociaux pour sauver les régimes complémentaires actionne également des leviers plus traditionnels : extension de l’AGFF à la tranche C du salaire des cadres et, à horizon 2019, augmentation de 7,8% à 8,5% des taux de cotisations AGIRC sur les tranches B et C.

Reste que ce sont bien les pensionnés qui paieront le plus lourd tribut à la réforme : sous-indexation de 1 point par rapport à l’inflation, décalage de la date de revalorisation des retraites d’avril à novembre et abaissement de l’objectif de rendement du point de retraite à 6% à compter de 2019. C’est à cette même échéance que le taux d’appel des cotisations passera de 125% à 127%. En conclusion, une moindre part des cotisations versées sera convertie en points retraites, dont le rendement sera, lui aussi, légèrement raboté.

Le tassement des régimes de retraite : un mouvement inéluctable.

Sans le moindre doute, cette tendance, commandée par des équilibres démographiques, se renforcera dans les années à venir. Le taux de remplacement, c’est à dire le rapport entre le montant de la retraite et le dernier salaire perçu est amené à se dégrader durablement. C’est ce que démontrent les projections du COR (Conseil d’orientation des retraites). Selon les estimations, pour un non-cadre « type » partant en retraite à 62 ans, le taux de remplacement, aujourd’hui proche de 84%, chuterait à moins de 70% en 2050. Pour un cadre, le taux de remplacement, qui se situe autour de 62%, dépasserait à peine les 50% dans 30 ans.

Dans un tel contexte, la seule solution consiste à développer un troisième niveau de retraite : article 83 ou Perco. Répandus dans les grandes entreprises, ces dispositifs demeurent assez rares dans les PME. Dans tous les cas, il ne s’agit plus désormais de convoiter l’avantage fiscal qu’ils procurent, mais plutôt de les considérer comme un outil indispensable pour préserver un niveau de retraite acceptable.

Damien Vieillard-Baron

 

illustration - Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP